Installés à Ouessant depuis 2020, Marie et Thomas ont annoncé leur décision de quitter l’île en septembre 2027. Après six années consacrées au développement de leur exploitation agricole, ils expliquent leur départ par une perte de confiance envers la municipalité et un sentiment d’incompréhension concernant leurs besoins.

C’est une décision qu’ils disent avoir mûrement réfléchie. Marie et Thomas quitteront Ouessant en septembre 2027 pour s’installer à Glomel, dans les Côtes-d’Armor, où ils ont trouvé une ferme leur permettant d’acquérir leurs bâtiments et leurs terres.

Arrivés sur l’île en 2020 à la suite d’un appel à projet lancé par l’ancienne municipalité, les deux agriculteurs avaient alors fait le choix de développer une activité agricole ambitieuse dans un contexte insulaire particulièrement contraignant.

En six ans, ils disent avoir construit une exploitation viable, investi dans leur outil de travail et développé notamment une production biologique, une activité laitière et fromagère ainsi qu’une gamme de produits destinée aux habitants et aux visiteurs.

« Nous ne partons pas parce que notre projet agricole n’était pas viable », expliquent-ils dans une déclaration rendue publique le 6 septembre. « Nous partons parce que nous ne nous sentons plus soutenus dans notre volonté de le poursuivre à Ouessant. »

Une relation qui se serait dégradée avec la nouvelle municipalité

Pour Marie et Thomas, le point de rupture remonte notamment au printemps 2026, après le changement de municipalité.

Le couple évoque une visite du maire, le 13 mai, dans les bâtiments agricoles construits pour accueillir leur projet. Selon leur témoignage, cette rencontre aurait fait apparaître des interrogations de la municipalité concernant la classification des bâtiments, l’espace occupé par l’exploitation et la quantité de matériel présente sur place.

Des remarques que les agriculteurs disent avoir eu du mal à comprendre.

Ils rappellent que leur matériel est indispensable au fonctionnement quotidien d’une ferme et que les contraintes liées à l’insularité rendent particulièrement difficile l’accès rapide à certains équipements, services ou solutions de stockage disponibles plus facilement sur le continent.

Le couple souhaitait également récupérer une partie des locaux occupés par une autre exploitation laitière, placée depuis plus d’un an en liquidation judiciaire. Une demande qui, expliquent-ils, a été officiellement adressée au maire et à ses conseillers.

Ils affirment ne jamais avoir reçu de réponse écrite.

Selon leur déclaration, une réponse leur aurait toutefois été donnée oralement après un conseil municipal présenté comme urgent. La municipalité aurait alors décidé de ne pas leur attribuer cet espace et envisagé d’y installer une autre personne.

Des barrières installées dans les bâtiments

Quelques semaines plus tard, Marie et Thomas indiquent avoir vu des agents municipaux installer des barrières afin de séparer une partie du bâtiment.

Un épisode vécu comme un « véritable coup de massue » par les agriculteurs.

Ils expliquent ne pas comprendre les raisons de cette séparation, alors qu’ils avaient jusqu’alors travaillé dans ces bâtiments dans le cadre qui leur avait été proposé lors de leur installation.

Dans leur déclaration, ils évoquent également le stockage du tracteur du Parc naturel régional d’Armorique dans le bâtiment et s’interrogent sur l’application des règles d’occupation et d’utilisation des espaces.

Le couple prend toutefois soin de préciser qu’il ne formule pas d’accusation à l’encontre des élus. Il demande simplement que « les mêmes règles et les mêmes exigences soient appliquées à chacun », dans un souci, selon eux, de transparence et d’équité.

« Nous avons perdu quelque chose d’essentiel : la motivation »

Au-delà des questions matérielles liées aux bâtiments, c’est surtout la relation de confiance avec le territoire que Marie et Thomas disent avoir perdue.

Être éleveur sur une île implique, selon eux, d’accepter des contraintes logistiques et économiques importantes, mais aussi de disposer d’un environnement local suffisamment favorable pour permettre à l’exploitation de se développer.

« Il faut sentir qu’une municipalité est derrière le projet », écrivent-ils. « Pas forcément qu’elle soit d’accord avec tout. Mais qu’elle reconnaisse le travail accompli et l’importance de maintenir une agriculture vivante sur son territoire. »

Ils expliquent avoir initialement envisagé de rester encore plusieurs années à Ouessant avant, éventuellement, de réfléchir à une autre implantation. Mais la succession des événements récents aurait accéléré leur réflexion.

« Aujourd’hui, nous ne ressentons plus cela », écrivent-ils. « Et sans cette motivation, nous savons qu’il nous sera impossible de continuer correctement. »

Un départ qui pose la question de l’avenir agricole de l’île

Le couple souhaite désormais que son départ soit l’occasion d’une réflexion plus large sur l’avenir de l’agriculture à Ouessant.

Pour eux, maintenir une activité agricole sur l’île suppose de parvenir à attirer des professionnels prêts à s’y installer, à investir et à travailler dans des conditions particulièrement exigeantes.

Ils souhaitent notamment que l’activité de Vincent, autre agriculteur présent sur l’île, puisse se poursuivre et que sa ferme puisse, le moment venu, être transmise dans de bonnes conditions.

« Si nous voulons continuer à avoir une agriculture sur Ouessant demain, il faut aujourd’hui soutenir ceux qui sont encore là », estiment-ils.

Marie et Thomas disent également vouloir éviter que leur décision ne se transforme en conflit local. Ils invitent néanmoins les habitants, anciens habitants et personnes ayant soutenu leur projet à s’exprimer sur l’avenir de l’agriculture ouessantine.

Continuer à être agriculteurs, mais ailleurs

Après six années sur l’île, leur départ ne signifie donc pas la fin de leur projet agricole. À Glomel, le couple entend poursuivre son activité dans une nouvelle ferme dont il pourra devenir propriétaire.

Une nouvelle étape qui ne correspondait pas au scénario imaginé lors de leur installation à Ouessant.

Marie et Thomas disent conserver « de très beaux souvenirs » de ces six années et remercient les personnes qui les ont accompagnés, soutenus et fait confiance.

Mais leur décision est désormais prise.

À travers leur témoignage, ils veulent surtout adresser un message sur la place de l’agriculture dans l’avenir de l’île : « Si l’on veut une agriculture vivante à Ouessant demain, il faut aujourd’hui lui donner une vraie place. »

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