Ce dimanche 27 septembre à Plouarzel, huit militant·e·s de FUTUR ont fait irruption sur le parcours de la Pig & Run pour dénoncer une course qu’ils et elles considèrent comme une opération de communication en faveur de l’élevage intensif. Une action qui a donné lieu à de vives tensions avec l’organisation.

Derrière l’ambiance festive et le vernis sportif, la course « Pig & Run » s’impose comme une vaste opération de communication destinée à verdir l’image de l’agro-industrie porcine. Imaginée par les représentants de l’élevage industriel pour redorer leur blason, cette manifestation s’appuie sur les valeurs véhiculées par la course à pied afin d’étouffer les critiques concernant la souffrance animale, les ravages écologiques et les risques sanitaires associés à ce modèle. Des militant·e·s de l’association de défense des droits des animaux FUTUR ont pénétré dans le dispositif de la course afin d’y déployer une action de sensibilisation exceptionnelle.
INFILTRATION AU SEIN DE LA COURSE
Huit militant·e·s de l’association FUTUR ont réussi, non sans difficulté, à intégrer le dispositif de la course afin d’en atteindre l’arrivée avec une banderole encourageant les participant·e·s à courir pour de plus nobles causes que l’élevage intensif. Après avoir été suivi·e·s autour de la course par plusieurs véhicules, et comprenant que les signaleurs avaient repéré nos visages et nos véhicules, nous avons néanmoins réussi à nous insérer sur la ligne finale du parcours pour accompagner le peloton entre 10 h 30 et 11 h 30.
Trois bénévoles ont porté la banderole sur la dernière ligne droite de la course, accompagnés de quatre militant·e·s en civil chargés de documenter l’action et de temporiser les réactions violentes émanant du comité organisateur. La dernière bénévole était postée à la surveillance de nos véhicules. Des enceintes portatives étaient également utilisées pour diffuser une bande-son issue de l’une de nos enquêtes sur un élevage porcin de la région.
Selon les dires d’une personne impliquée dans l’organisation, nous étions effectivement attendu·e·s sur place. Nous avons néanmoins visiblement réussi à les surprendre, le dispositif de réponse de la course à notre présence ayant mis plusieurs minutes à se manifester.
Cela n’a pas empêché les signaleurs présents sur place — deux personnes, dont l’une se présentant notamment comme adjoint au maire de Plouarzel — de se montrer insultants, virulents et violents à notre égard, et de tout tenter pour nous empêcher de progresser sur le parcours, jusqu’à l’arrivée de leurs renforts, encore plus déterminés à en découdre lorsque nous étions à mi-parcours.
Après recherches de notre part, l’adjoint au maire mentionné plus haut est Jean-Bernard Cloitre 6e adjoint au maire, ancien éleveur porcin et laitier, et père du propriétaire actuel du GAEC où la course a entamé et terminé sa boucle.
La gendarmerie est arrivée au bout d’une quinzaine de minutes. Constatant la virulence de nos opposants et la légalité de notre démarche, la patrouille nous a accompagnés le long de notre parcours, réduisant autant que possible les velléités de violence du comité organisateur.
Après notre arrivée au point final, un attroupement de membres de l’organisation, accompagnés de deux sympathisants, s’est rapidement interposé entre la banderole et les gendarmes, laissant à d’autres organisateurs l’opportunité d’agresser violemment deux des porteurs de banderole et de la leur arracher, avant de déchirer le trophée après une course effrénée en tutu rose. Des membres du comité organisateur ont également tenté à plusieurs reprises de nous arracher les téléphones qui filmaient.
La réaction des coureurs tout au long du dispositif était plutôt mitigée. Beaucoup se sont montré·e·s surpris·e·s par notre présence et par le déploiement de notre visuel. Plusieurs se sont même arrêté·e·s à notre contact pour témoigner leur soutien — certain·e·s ne s’étant pas rendu compte de ce qu’ils et elles encourageaient en courant ce jour-là — tandis que d’autres nous ont copieusement insulté·e·s.
PIG & RUN, LA COURSE VERS LA MARÉE VERTE : UNE ÉNIÈME OPÉRATION DE COMMUNICATION DU LOBBY PORCIN
La première édition de la Pig & Run s’est tenue le 18 mai 2025 le long de la Ria d’Étel, dans le Morbihan. Dès son annonce, le projet suscite l’indignation des défenseurs de l’environnement : le tracé traversait alors une zone classée Natura 2000, un écosystème fragile étranglé par les rejets azotés de la filière porcine.
Malgré une pétition rassemblant 36 000 signatures, un appel au boycott lancé par des associations emblématiques comme Eau & Rivières de Bretagne, et un engouement médiatique jusqu’en Belgique, l’événement a maintenu son cap.
Ce dimanche 27 septembre 2026, cette opération de propagande vit sa deuxième édition pour vendre son discours à près de trois cents coureurs de plus que l’année précédente. Le Parti Animaliste a déjà déploré la communication très sélective du lobby.
C’est l’image d’un circuit agricole vertueux, mettant en valeur des paysages locaux qu’il n’a pas encore intégralement dégradés par la pollution liée au lisier porcin déversé en masse dans la région.
« La consommation de viande, massivement issue de l’élevage intensif, a un bilan carbone aussi coûteux que celui du secteur des transports. Mais quand on y réfléchit bien, personne n’imagine Total aller communiquer dans les écoles auprès des étudiants pour pousser à la consommation de carburant ! C’est une chose que peut pourtant se permettre le lobby porcin sur ces terres qu’il estime conquises, tant il les a détruites… »
Willy, militant de l’association FUTUR présent sur l’action
C’est au sein du GAEC de Kerdavezan, à Plouarzel, que part et se termine la course. Ironie de l’histoire, c’est là même où, 13 ans plus tôt, la communauté de communes du Pays d’Iroise sensibilisait les éleveurs afin qu’ils n’abreuvent plus leurs animaux à partir de l’eau de la rivière, celle-ci étant trop polluée.
« J’ai quitté la Bretagne il y a quelques décennies avant de revenir l’année dernière. Je ne reconnais pas ma région. Les hangars concentrationnaires ont fleuri et massacrent le paysage… »
Camille, militante locale de l’association FUTUR, présente sur l’action
OPÉRATIONS DE SÉDUCTION ET DE RÉGULATION : LES DEUX VISAGES DU COMITÉ RÉGIONAL PORCIN BRETAGNE
Sous l’égide d’INAPORC et inscrit depuis février 2024 au répertoire de la HATVP pour ses activités de lobbying, le Comité Régional Porcin (CRP) Bretagne intensifie ses actions d’influence auprès des décideurs politiques… mais pas seulement.
Pour rentabiliser les 1,3 million d’euros annuels a minima alloués au budget communication de l’interprofession, adoucir l’image de la filière et séduire le grand public, le Comité Régional Porcin (CRP) Bretagne coordonne des parades folkloriques généreusement subventionnées par la Région, des animations pendant des rencontres sportives, un concours culinaire façon Top Chef et maintenant… l’organisation de courses sportives !
Mais derrière cette vitrine festive, l’agenda réel reste particulièrement agressif : obtenir le démantèlement des régulations environnementales (abaissement des seuils ICPE, recul sur la loi Industrie verte) pour faciliter l’extension des élevages intensifs, tout en cherchant à bâillonner et à faire condamner financièrement les associations qui usent de leur droit légitime de recours. Cela, quand ils ne s’acharnent pas à museler les journalistes, écrasant le droit à l’information au profit de leurs communications ciblées.
Si vous avez, en tant que journaliste, été en relation avec le comité organisateur de la course, vous aurez sans doute apprécié ses petites attentions : les questions précises (provenant de l’entreprise de relations publiques Adocom-RP) à propos de votre média, l’angle souhaité de votre article, voire même une attention toute particulière portée aux questions que vous pourriez poser sur place. Et, pour couronner le tout, un contrôle des déplacements via des navettes vers des interlocuteurs précis et sélectionnés par le lobby.
ÉLEVAGE INTENSIF HORS SOL : UNE EXTRÊME CRUAUTÉ
Avec 4 000 exploitations et 6,8 millions de cochons en 2022, la région détient plus de la moitié du cheptel national, faisant de la Bretagne un centre stratégique de production… mais aussi de souffrance animale massive.
Les cochons sont élevés hors sol, enfermés dans des bâtiments clos et à forte densité, où ils ne peuvent exprimer nombre de leurs comportements naturels : se gratter, se rouler, explorer et simplement se déplacer… Cette promiscuité engendre stress, blessures et cannibalisme ; les animaux, rendus fous par la peur et le manque d’espace, finissent parfois par s’attaquer entre eux.
Pour les truies, le calvaire se répète portée après portée : enfermées dans des cages individuelles exiguës pendant des semaines, elles sont privées de liberté de mouvement et réduites à leur seule fonction reproductive, jusqu’à ce que leur corps ne soit plus jugé rentable ou qu’elles meurent avant d’être menées à l’abattoir.
Vuk, porte-parole de l’association FUTUR, dénonce :
« Imaginez naître dans un bâtiment fermé, ne jamais connaître la liberté, ne jamais pouvoir fouiller le sol, courir ou explorer votre environnement. Imaginez être considéré comme un simple outil de production, reproduit, exploité, puis éliminé dès que vous n’êtes plus rentable. C’est pourtant la réalité imposée à des millions de cochons. Derrière les murs des élevages industriels, il n’y a pas une simple production : il y a des vies sacrifiées au nom de la rentabilité. Nous refusons de banaliser cette violence. »
À propos de l’association FUTUR
FUTUR est une association de sensibilisation à la défense des droits des animaux, qui gère diverses campagnes, dont notamment un pôle enquêtes, un réseau de refuges pour animaux d’élevage et l’organisation d’événements promouvant l’alimentation végétale.
Avec une vingtaine de salarié·e·s et plus de 700 bénévoles, notre association est très active sur les réseaux sociaux, comptabilisant plus de 130 millions de vues sur un an et plus de 700 retombées dans la presse traditionnelle pour la seule année 2026.