
Pour Maël de Calan, les sénatoriales consacrent une victoire de la droite dans le Finistère. Un examen des résultats invite pourtant à une lecture beaucoup plus nuancée. La droite républicaine perd un siège, le centre conserve les deux siens et la gauche sauve sa représentation au Sénat.
Il y a les résultats. Et puis il y a la manière de les raconter.
Au lendemain des élections sénatoriales, Maël de Calan met en avant une victoire de la droite dans le Finistère. Une présentation qui mérite pour le moins d’être regardée de près.
Car si l’on s’en tient aux sièges et aux étiquettes politiques, la droite républicaine ne sort pas renforcée du scrutin : elle perd un sénateur. Le sortant Les Républicains, Philippe Paul, est battu. Difficile, dans ces conditions, de parler d’une victoire de la droite.
Quand droite, centre et macronie deviennent une seule famille
Pour parvenir à cette lecture favorable, il faut additionner des forces politiques qui ne se présentent pourtant pas sous la même étiquette. Droite, centre et macronie se retrouvent ainsi placés dans le même bilan.
Le procédé a l’avantage de simplifier le tableau. Il est cependant moins évident lorsqu’on regarde la réalité du scrutin. Le centre conserve ses deux sièges. La gauche conserve le sien. La droite républicaine en perd un. Le seul nouveau sénateur classé à droite est Patrick Leclerc, candidat divers droite qui avait choisi de se présenter sans étiquette.
Patrick Leclerc réussit son pari
Le maire de Landerneau, 57 ans, obtient 14,8 % des suffrages et fait son entrée au Sénat. C’est une réussite pour celui qui avait choisi de s’affranchir des appareils politiques traditionnels.
Son élection aura toutefois une conséquence locale importante : élu maire de Landerneau depuis 2008, Patrick Leclerc devra abandonner cette fonction ainsi que la présidence de la Communauté d’agglomération du Pays de Landerneau-Daoulas.
Le PS résiste
Autre enseignement du scrutin : le Parti socialiste conserve son siège.
Malgré l’absence d’union de la gauche, Forough Dadkhah, 60 ans, obtient 17,4 % des suffrages et devient sénatrice du Finistère. La gauche reste représentée au Sénat.
Le centre ne bouge pas
La liste conduite par Michel Canévet, de l’Alliance centriste, et Nadège Havet, de Renaissance, arrive en tête.
Comme il y a six ans, elle décroche les deux sièges qui lui étaient promis par la configuration du scrutin. Autrement dit, le centre ne recule pas. Il conserve ses positions. La droite, elle, perd Philippe Paul.
LFI réalise un score supérieur à son implantation électorale
La candidate insoumise Cécile Beaudouin obtient 99 voix, soit 4,2 %.
Elle souligne elle-même un résultat supérieur au nombre de grands électeurs directement désignés par LFI dans le Finistère, en évoquant « cinq fois le nombre de grandes électrices et électeurs que LFI avait désignés dans le département ».
Une donnée qui montre que son score ne provient pas uniquement du cercle des élus directement affiliés à son mouvement.
Le RN progresse
Le Rassemblement national enregistre pour sa part une progression par rapport à 2020.
Patrick Le Fur obtient 3,8 %, contre 1,5 % lors du précédent scrutin.
La progression est nette en pourcentage, mais elle reste sans conséquence sur la répartition des sièges.
L’UDB, représentée par Philippe Plouzané, recueille 2,7 %.
Quant à Yann Leriche, candidat de Reconquête!, il ne rassemble que 8 voix, soit 0,3 %.
Les chiffres ont parfois moins d’imagination que les commentaires
Au final, le scrutin finistérien est assez clair.
Philippe Paul est battu. La droite républicaine perd donc un siège. Patrick Leclerc, divers droite, entre au Sénat. Le centre conserve ses deux élus. Le PS conserve le sien.
Alors, victoire de la droite ?
Cela dépend surtout de ce que l’on met derrière le mot « droite ».
Si l’on additionne droite, centre et macronie, le résultat peut effectivement être présenté comme celui d’un bloc majoritaire.
Mais si l’on regarde les étiquettes et les sièges séparément, le constat est différent : la droite républicaine ne progresse pas. Elle recule légèrement.
Et cette fois, les chiffres sont têtus : un sénateur LR sortant battu, un centre qui conserve ses deux sièges et une gauche qui sauve le sien.
La « victoire de la droite » mérite donc, à tout le moins, quelques nuances.